1

Fleury-sur-Orne Près de Caen, la mobilisation se durcit contre le projet Inter Ikea

Commerçants et citoyens se soulèvent contre le projet du géant suédois, Inter Ikea, à Fleury-sur-Orne, au sud de Caen (Calvados). Explications.

Bientôt 10 ans que le projet Inter Ikea fait des remous dans l’agglomération de Caen (Calvados). Initié en 1996, il a fait l’objet de plusieurs recours et de modifications. Le permis de construire est déposé à la mairie de Fleury-sur-Orne, mais pas encore validé. Commerçants, élus et citoyens continuent de penser que le projet pourrait ne pas voir le jour. Depuis le printemps, la mobilisation se durcit et les actions se multiplient.

L’union contre Inter Ikea
Juin 2015, Ikea Centres, la foncière du groupe Ikea dévoile le projet de Fleury-sur-Orne : 74 000 m² de surface commerciale utile, 29 000 m2 pour le magasin Ikea, 10 000 pour un hypermarché Auchan, 70 boutiques et 16 moyennes surfaces, un lac artificiel de 3 000 m² et un miroir d’eau de 800 m² qui se transformera en patinoire en hiver.

> Lire aussi : Au sud de Caen. Après Ikea, un hypermarché Auchan et des dizaines de boutiques

Au même moment, l’association des commerçants Les Vitrines de Caen fait constater par huissier le taux de commerces fermés à Caen : 13,19%. L’inquiétant rapport fait réagir l’association déjà abattue par l’immensité du projet Inter Ikea. Pour faire front, c’est l’union avec les grandes centres commerciaux déjà existants dans l’agglo qui est choisie.

Une offre commerciale « complète et saturée »
En septembre 2015, associations de commerçants, centres commerciaux et grandes surfaces comme Cora, Mondeville 2, Mondevillage, le Val Saint-Clair, Côte de Nacre, les Rives de l’Orne, se réunissent à l’initiative des Vitrines de Caen. Des associations de commerçants de Bayeux et Villers Bocage, se joignent au mouvement. Pour eux, « l’arrivée de ce nouveau pôle prévue en 2018 va complètement déséquilibrer l’armature commerciale de Caen, et plus largement du Calvados ».

En 10 ans, l’offre commerciale sur l’agglomération a été décuplée : 228 000 m2 de magasins ont vu le jour. Caen la Mer est l’une des agglomérations les mieux pourvues de France : l’offre actuelle est une force commerciale importante, complète et saturée. À présent, il existe de trop nombreux pôles commerciaux qui ont obtenu des autorisations depuis longtemps ; la priorité est de renforcer l’attractivité et d’assurer la pérennité des pôles existants.
Des champs pas d’Auchan
Été 2015, des citoyens décident d’agir en créant, le collectif “Des champs pas d’Auchan”. Pour eux, ce projet relève d’un « non-sens économique », en raison de la multiplication de surfaces commerciales, ces dix dernières années. Le collectif ne croit pas à la promesse de 600 emplois générés. « Les emplois créés vont entraîner des licenciements ailleurs et plus probablement une perte nette d’emplois.»
Autre point que soulève le jeune collectif, l’aspect environnemental.

Le parc commercial prévu est conçu comme une ventouse à automobiles (3 200 places de parking) alors que la nécessité d’une plus grande sobriété énergétique et un meilleur maillage favorisant les transports alternatifs à la voiture invitent à restreindre l’extension des zones périurbaines. Pour un chiffre d’affaires équivalent, les hypermarchés de périphérie engendrent une dépense énergétique deux fois supérieure à celle des supermarchés de centre ville. Le fonctionnement prévu d’une patinoire en hiver, énergivore, met le comble à cette absurdité. Des terres agricoles en plaine, parmi les meilleures en termes de potentiel agronomique, sont ainsi converties en zone commerciale alors que la France perd chaque année des dizaines de milliers d’hectares de surfaces agricoles, et que le potentiel agricole national diminue (l’équivalent d’un département disparaît tous les 10 ans). Un gaspillage inutile des ressources en eau par le creusement d’un lac artificiel de 3 000 m² et un miroir d’eau de 800 m², selon un modèle de loisirs déjà dépassé, s’ajoute à ces perspectives sombres. Comment espère-t-on faire croire qu’une toiture partiellement végétalisée, un mur végétal, 66% de places de parking en sous-­sol vont compenser ces atteintes massives à l’environnement ?
Une pétition contre Inter-Ikea
Autre action en cours, une pétition « Annuler le projet Inter-Ikea » sur change.org. L’auteur de cette pétition en ligne, Félix Jourdan, dit être étudiant à Caen et constater « chaque jour la désertification du centre-ville de Caen ».

C’est important pour la sauvegarde de nos commerces présents dans la communauté d’agglomération. L’offre des centres commerciaux autour de Caen est saturé. Le centre commercial Mondeville 2 s’est agrandi, le Cora de Carpiquet également, mais aussi le centre commercial d’Hérouville Saint Clair…
Trop tard ?
Selon l’autre association des commerçants qui a décliné l’invitation des Vitrines de Caen à la dernière réunion, il est déjà trop tard pour se mobiliser.

L’association Cœur de Caen commerce souhaite déployer son énergie sur le commerce de demain tout en intégrant Inter Ikea comme élément du paysage caennais, ce qui est inéluctable au lieu de se polariser sur le passé et sur un dossier clairement bouclé.
Le recours déposé par la Ville de Caen contre le projet n’est effectivement pas suspensif et ne peut pas empêcher les travaux de commencer. Le tribunal administratif de Nantes devrait rendre sa décision au premier semestre 2016.

admin

One Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *